Pour le plaisir d'écrire, 15 ans plus tard

28 mars 2020

Mon amie la Pandémie

 

Pandémie mon amie, grâce à toi je revis

Le temps s’est arrêté, pour m’laisser m’arranger

Je fais des gâteaux à longueur de journée

Je peinture mon salon et ma chambre à coucher

 

Et arrarap c’est la dérape! Et si on mourait tous!

Et si ça f’sait plus rien de changer de continent!

Si la misère libre n’a plus besoin de Visa !!

Un virus sans frontières vient narguer le bonheur !!

 

Pandémie mon amie, grâce à toi je revis

Les psys à la radio disent que j’peux m’innover

Dr Arruda me donne plein de bonnes idées

Plus pleine sera ma vie quand ça va bien aller

 

Et arrarap c’est la dérape! Et si on mourait tous!

Un crash économique s’en va vider les comptes !!

Un BOOM démographique et yen aura moins encore

Qu’il y en ai plus ou moins, anyway on s’ra tous morts !!

 

Pandémie mon amie, grâce à toi je revis

Mon cœur confiné trie bien mieux ses amis

J’appelle mes copains sans peur d’être intrusive

J’peux même flusher Facebook sans m’exclure du party

 

Et arrarap c’est la dérape! Si ça n’finissait pas ??

Qu’on n’avait pas la chance d’emboiter le beau pas

À la philosophie de nos résolutions

De sauver la planète et l’sain environnement !!

 

Pandémie mon amie, grâce à toi je jouie

J’ai le droit de travailler la mine déconfite

À Montréal j’peux consulter mon doc d’Abitibi

Comme si on surfait tous sur une belle vague wifi

 

Et arrarap c’est la dérape! Si ça n’finissait pas!

Si je peux pas cultiver les nouvelles amitiés 

Dev’nir plus carpe Diem que j’ai jamais été

Et danser comme s’il n’y a avait plus d’éternité

 

Pandémie mon amie, grâce à toi j’suis gentil

J’ai le droit de plus penser à ce qui se passe en Syrie

Je m’en veux plus d’oublier Algérie et Chili

Je peux sauver le monde en écoutant Netflix

 

Pandémie mon amie, s’te plait tue pas trop d’monde

Surtout pas ma famille, c’est tout ce que j’te demande

On s’endort tous ce soir comme des enfants bien sages

Demain tout ira bien, t’auras fait tes bagages.

 

 

Posté par Rymette 2020 à 15:47 - Commentaires [0] - Permalien [#]


23 mars 2020

Espace Virtuel - Texte à poursuivre en co-écriture

Texte du 03 décembre 2008, réécrit le 23-03-2020, en contexte de la pandémie Covid-19. On y intégre la thématique du virus?? :D

L'heure du creux a sonné. Katerina attend la fin de sa permanence à la salle informatique en accès libre de l'université de Lille III. Elle y travaille quinze heures par semaine pour subvenir modestement aux besoins de sa vie étudiante. A chaque fois qu'un étudiant entre dans la salle, Katerina l'enregistre sur une base de données, en fonction du poste qu'il occupe. Elle clique sur « Arrivée » puis sur « Départ ». En période d’affluence, les entrées et les départs peuvent dépasser la vitesse de ses clignements de cils! La jeune femme est devenue physionomiste à force de repérer le numéro de poste de chaque étudiant, et l'étudiant de chaque poste. Les usagers ne sont jamais les mêmes que sur leur photo de carte étudiante!! Le chevelu s'est fait pousser la barbe depuis l’émission de sa carte, la blonde a fait immortaliser sur sa photo sa crinière brune, ladite "mocheté" s'était arrangée au mieux pour le petit oiseau qui va sortir, le dit "beau gosse" est apparemment passé par l'âge ingrat, la frisée est passée sous un train Babyliss, la blanche papier s'est fait une séance UV, la mouchetée s'est cachée derrière une couche de fond de teint...

Katerina, simple et au naturel, admire les étudiants qui sont fidèles à eux même, d’autant plus qu’ils lui permettent de les inscrire avec facilité dans son espace virtuel. Elle se surprend à éprouver un léger mépris envers les autres. Honteuse, sa conscience s’esquive pour méditer sur ce lieu de travail quasi vertueux, investi par tant de corps et de matières grises foisonnantes. Dans un élan de compassion rare envers elle-même, elle valide que c'est bel et bien difficile de ne pas se tromper en enregistrant les usagers. Elle s’est si souvent mordu les doigts pour les déboires causées par les erreurs d’enregistrement, même quand elle n’en était pas l’autrice.

La première fois que la jeune fille a vu un étudiant s'éclipser sous ses yeux, elle a pensé que c'était l'effet « midi-trente » qui livrait son esprit au contrôle de son estomac gargouillant! La volatilisation était, en réalité, provoquée par un clic sur "Départ" par inadvertance. L'étudiant concerné, au poste dix, était encore présent, juste en face d’elle! 

Heureusement que cela n'arrive pas tout le temps, grâce à la grande vigilance de l'équipe de moniteurs des salles informatiques... Autrement, il faudrait appeler l'ambulance plus de trois fois par ans, comme l'année passée !! 

Katerina se souvient que le premier étudiant qui a été victime de « déperdition virtuelle » a dû subir une intervention pour lui recoudre les deux pans de l'âme. L'accident était dû au fait qu'un moniteur n'avait pas effacé la présence de cet usager après son départ de la salle. S'étant rendu dans une autre salle une heure plus tard, son âme s'est retrouvée inscrite à deux lieux virtuels différents! Vous imaginez? Il a été hospitalisé d'urgence suite à une fracture spirituelle. Le responsable de l'accès libre, Mr Virtuowsky, a mis en garde son équipe contre ce type d'erreurs. Hélas, deux mois plus tard, un autre accident s'est produit, suivi d'un autre à la fin de l'année universitaire. 

Le second accident a couté un choc spatial à une étudiante qui a été emmené à l'infirmerie en attendant d'être transportée à l'hôpital. Un moniteur avait inscrit son numéro d'étudiante par erreur alors qu'il voulait inscrire un numéro presque similaire ... Une erreur à un chiffre près, et hop! Elle se retrouve transportée de la cafétéria Florès à la salle informatique de la bibliothèque centrale. L'erreur ayant été rectifiée sur le champ, elle se retrouve à nouveau sur sa chaise, en face de son café! La jeune victime s'en est remise après trois mois de rééducation qui ont permis à son corps fantasmatique de retrouver l’emboitement de son corps charnel. Pauvre fille! Elle a été aperçue quelque fois à l'université par la suite : Son image est devenue floue à cause du désemboitement. 

La troisième personne qui a été touchée par une erreur d'inscription virtuelle a eu des absences durant toute une journée avant de découvrir qu'elle était restée inscrite dans la base virtuelle d'une salle qu'elle a quittée. Hospitalisée, suite à un ultime malaise, au CHR de Lille, elle a gardé depuis une petite séquelle d'instabilité présentielle : Elle s'éclipse parfois l'espace d'une microseconde!

Pour l'équipe de Mr Virtuowsky, chaque année commence désormais par une cérémonie au cours de laquelle le sermon du moniteur est prononcé: "Moi, Moniteur de salle informatique en accès libre, je m'engage, en toute âme et conscience virtuelle, à préserver autant que possible les usagers des salles, du phénomène de déperdition virtuelle... Je m'engage à ne manipuler en aucun cas la base de données mise à ma disposition à des fins personnelles". La dernière phrase du sermon a été rajoutée à la demande du président de l'université, qui avait au départ proposé de supprimer carrément la base de données virtuelle, suite aux accidents. Il craignait les conséquences d'une utilisation malveillante de cet outil...

 

Qui veut continuer mon histoire?

Posté par Rymette 2020 à 23:05 - Commentaires [0] - Permalien [#]