Pour le plaisir d'écrire, 15 ans plus tard

15 mai 2021

Il est trop tard

Il est trop tard

 

  • Non, il est trop tard, Marguerite ! Il faut dormir maintenant !

  • Mais tu avais promis que tu me lirais une histoire !

  • Demain, Marguerite, c’est promis ! Demain.

 

Marguerite ne répond rien. Elle est déçue. 

 

Son père est déçu aussi. Il aimerait être plus en forme, le soir, pour lire une histoire à sa fille. Mais Guilhem Poirier est fatigué. Il est si fatigué qu’il lui arrive de s’endormir en se brossant les dents.

 

Guilhem a un travail éreintant. En fait, il a même deux travails. Le jour, il travaille à l’usine. Il est responsable du département de l’unité de production. Il gère 50 personnes. Le matin et le soir, il travaille à la maison. ll va conduire Marguerite à l’école, il va la rechercher. Il fait à manger, il supervise les devoirs, il fait réviser les leçons, il donne le bain, il fait le ménage, mais le soir, il n’a plus l’énergie pour l’histoire.

 

Il voit bien que Marguerite a de la peine, mais il est trop tard et il est trop fatigué. Et puis, aussi, il est trop triste. Il a peur qu’en lisant l’histoire du soir, ça lui rappelle trop Anne et qu’il se mette à pleurer. Ça fait des mois qu’elle n’est plus là, mais ça fait toujours aussi mal. 

 

Alors, chaque soir, malgré l’espoir de Marguerite, Guilhem dit non. Et chaque soir, Guilhem referme la porte en se disant “Ressaisis-toi, bon sang! Allez, demain, tu lui lis son histoire !”

 

Mais chaque soir, c’est pareil. Guilhem se sent trop fatigué et trop triste. Et chaque soir, c’est pareil, Guilhem se sent nul. 

 

Et puis, un soir, parce que le souper a été vite préparé, parce que les devoirs ont été vite expédiés, parce que ça sentait l’été, et parce que, tout simplement, du temps avait passé, Guilhem était prêt. 

 

  • Marguerite, devine quoi ! Ce soir, je vais te lire une histoire.

  • Il est trop tard, Papa. 

  • Mais non, ce soir, on fait une exception. 

  • Non, il est trop tard, Papa, je sais lire toute seule maintenant !

  • Oh.

 

Guilhem sent ses épaules s’affaisser. Il a été incapable de faire ce que sa fille réclamait depuis des mois, et voilà que maintenant, elle n’a plus besoin de lui. 

Marguerite tapote le lit.

 

  • Allez, installe-toi, Papa, ce soir, et tous les autres soirs, c’est moi qui vais te lire une histoire. 

Posté par Kitchlolo à 00:26 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Il est trop tard

C'est trop! Amour! Tu le sais que c'est trop tard. Je me sens déchirée, anxieuse, malade, malsaine, l'échine tordue et l'estomact noué. J'aimerais que mon cordon ambilical se noue autour de ton coup jusqu'à suffocation, pour te demander durant un cours répi sui tu m'aimes, et t'étrangler d'avantage si Tu dis non. Mon amour, je t'aime comme une tortionnaire, une despote, un bourreau, une victime lamentable et pathétique. Pathétique! Pathétique! Je répète en enfonçant la grosse aiguille dans le ventre de ma poupée vaudoue. Je sens le cancer qui s'éveille dans mon ventre. J'opère ma poupée à coup de ciseaux et je me réveille guérie. J'ai une amie malade. Je sacrifierai une autre poupée pour elle et je lui demanderai demain si elle est guérie. Quant à toi mon beau tabarnak, je mangerai ton foi en sauce dans mes prochaines spaghettis. Le foi, là d'où je viens, est l'organe du lien familial, de l'attachement. Oh oui! Attache-moi, mange moi, crève moi les yeux d'amour, dérange moi, viens en moi, nappe moi de chocolat et je te le rendrai à coup de morssure, de bisous, de caresses, de flatage, si tu es sage, si tu es sage. Car si tu ne l'es pas, je planterai mes ongles dans, dans mes cheveux, je mettrai ma tête entre mes genoux, je mordrai ma robe, et je me tairai à jamais...

 

Alors Mme Bernard, avez-vous fini votre lettre pour votre ami? Dit Dr Dubonmental. Nous avions dit 20 mn mais vous pouvez en prendre quelques unes de plus, il n'y a pas de problème. 

 

Je ne sais pas, dit Lana. C'est une lettre qui ne fini jamais. Elle est aussi infini que l'amour que j'ai pour lui. Mais vous savez quoi Dr? J'ai vu dans mes mots que je ne l'aime pas, que j'en le déteste tellement que je le renverrai dans le ventre de sa mère pour qu'il ne voit jamais le jour.

 

Qu'est ce que vous y gagneriez sil revenait dans le ventre de sa mère pour ne plus exister?

 

Rien. Lana pleure. Le monde serait plus laid sans lui. Je suis plus laide sans lui, car le manque m'avilie. Alors je suis perdue. Je ne sais pas ce qui me répugne le plus; un monde sans lui ou un monde avec moi qui devient vile. Peut-être que c'est moi qui devrait revenir là d'où je viens, pour ne plus exister.

 

En admettant que vous abandonniez l'idée d'avoir une prise sur les existences, la votre ou celle d'autrui, y a-t-il un moyen de co-exister?

 

Elle pleure de plus belle. Je ne veux aimer personne. Je n'aime personne. Je ne m'aime même pas moi-même. J'accepte de le laisser vivre sa vie, vraiment. J'aimerais arriver à retrouver la mienne. Sanglots.

 

 

Posté par Rymette 2020 à 00:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]

04 mai 2021

On a été bien servis

Oui. Oui. Oui. A-t-elle prononcé avec conviction. Elle le voulait pour la vie et n’avait pas l’ombre d’un soupçon de doute dans la voix quand elle a confirmé son vœux en face de madame la maîtresse de cérémonie, la famille et les amis. C’était son tour à lui. Il cligna des yeux, délassa la mâchoire, se racla la gorge, avant de dire dune voix timide et enrouée: Oui. Cécilia le considéra du regard de sous son voile rosâtre. Elle le questionna des yeux et du visage, l’air de dire: Chéri? As-tu des doutes? Michael hocha la tête pour signifier un non catégorique et affirmé. En fixant les yeux de sa douce, son visage commença à afficher à ceux-ci des plaques rouges. Plak! Plak! Plak! Une par une, les tâches lui ont parsemé la face. Il essaya d’articuler pour expliquer à Cécilia qu’il était entrain de céder à une méchante allergie aux crustacés, mais sa langue était enflée. Cécilia compris tout d’un coup et s’écria: Une ambulance! De l’épipen ! Il fait une allergie! Non mais! Par qui on a été servi?! Maman? Est-ce que tu as prévenu le traiteur des allergies de Michael? Maman! Comment as-tu pu oublier?! Pas de panique chéri! L’ambulance arrive. As-tu ton ....? Ce n’est rien. Ce n’est pas de ta faute. Tu vas t’en sortir. Michael! Michael? Parle-moi! Ne t’endors pas! Michael essaie de cracher des mots avec le peu de souffle et d’énergie qui lui reste: “ tes....ta...ment...”Oui je sais mon amour, tu as Rendez-vous chez le notaire la semaine prochaine. Mais pourquoi parles tu de ça? Ok Ok parle moi... mais ne te fatigue pas... tu ne va pas mourir. Il n’est pas question que tu me lâches au pied de l’autel! Je ne te le pardonnerais jamais! Mais qui nous a servi des crustacés?? Des amuses gueule au crevettes?! Il a pris une huître?! Quoi?! Êtes vous sur?? Mais pourquoi aurait-il pris une huître?? Ce serait du suicide dans son cas! Non mais pourquoi il aurait fait ça? Michael? As-tu pris une huître? “Dé...so...lé...” arrive-t-il à prononcer avec peine.

Deux jours plus-tard, dans une chambre d’hôpital. Michael allongé sur le lit et Cécilila à son chevet. “Cécilia je me suis senti invincible lors de la cérémonie d’accueil. J’étais sur que mon amour pour toi m’immunisait contre tout. En fait, je voulais croire cela très fort. J’aurais voulu que rien ne puisse m’atteindre, que mon corps soit autant dédié à toi que mon cœur, au point que rien ne puisse éloigner de toi ni l’un ni l’autre. Pardonne-moi Cécilia” fini par dire le jeune homme avec des larmes aux yeux et la voix qui tremble. Michael, tu me fais peur. Qu’est-ce qui se passe? Allons-nous reprendre notre mariage là où on l’a laissé à cause d’une huître?” Interroge Cécilia. Michael: “ Cécilia. J’ai attrapé l’herpès le mois passé. Je voulais vérifier si mon allergie était encore là. J’aurais voulu découvrir qu’elle a disparu, et que l’herpès aussi ne se manifestera plus. Veux-tu encore de moi? ”.

 

Posté par Rymette 2020 à 05:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Detresse

« J’aurais aimé avoir des tresses plutôt que me sentir en détresse », me dit la petite Amélie, 5 ans, déjà sensible au verbe et aux vers. Elle me relate que sa couleur préférée était le vert, mais qu’elle ne supporte plus de la voir depuis que son ami Robert a vomi devant elle toute son assiette de lentilles. Elle le titille tout le temps, Robert, le taquine et le chatouille. Ce petit garçon grassouillet de 4 ans est son jouet humain préféré, le petit frère qu’elle n’a pas. Depuis qu’il a rendu son repas des suites d’une séance de chatouillis exagérés, Amélie n’embête plus le garçonnet. Mais aussi, depuis, elle est prise d’anxiété face à sa peluche du diablotin « Juste pour rire ». À la première séance avec elle, sa mère lui dit : « Amélounette, dis à Madame pourquoi ta peluche verte te fait peur? ». "C’est parce que son père est vert » Répond Amélie en faisant une mou apeurée.
« Mais si la peluche est verte, de quelle couleur aimerais tu que soit son père Amélie? » Demandais-je à ma jeune patiente. « Je sais pas mais le papa de Robert a dit que Juste pour rire est un pervers, j’ai pensé que c’était quelque chose de pas bien ». « Et pourquoi as-tu pensé que c’était une chose pas bien Amélie? ». « C’est parce que le papa a Robert n’était pas content du tout et ne voulait plus aller au festival de la peluche verte ». À la deuxième séance, j’invite Amélie a faire des rimes avec moi. « ta maman m’a dit comment tu aimes inventer des mots qui finissent pareils. Tu sais, des vers? Aimerai tu qu’on en invente ensemble?».
« OK ». Me dit la jeune.
Le père de Robert n’aime pas le festival du bonhomme vert
Amélie aime les lentilles. Elle est gentille même si elle titille.
Le diablotin est parti loin loin chez lui et tant pis pour lui
C’est le bonheur car les grandes soeurs n’ont plus de peur
Les petits gars peuvent garder leur soupe dans l’estomac
Ils seront demain main dans la main avec toutes les Amélie.

Posté par Rymette 2020 à 05:33 - Commentaires [0] - Permalien [#]

04 avril 2021

Violence

 

Il s’est emparé de moi, de ma liberté, de mes désirs les plus fous, de mes secrets les plus doux, de mes voeux les plus chers, de mes envies les plus simples, de mes chiméres d'enfant, de mes fantaisies de femmes, de mes projets de citoyenne, de mon sort.

 Il s’est emparé de ma crinière, tout au sommet de mon crâne. Il y a enfoncer ses doigts et ses ongles. Il a tiré fort, d’un coup sec. Ça m’a fait basculer et tomber de ma chaise. J’ai senti mon cuire chevelu se défaire de ma boite cranienne, et une douleur insoutenable me saisir jusqu’au épaules. Il ne m’a pas laissé tomber. Non, il ne m’a pas laissé tomber au sol.

 Il me garde en otage de ses angoisses. Je suis la détenue de ses failles. Il me garde prisonnière de ses obsessions, meilleure garante de sa possession. Il me dit qu'il a tant besoin de moi, qu'il ne saurait pas quoi faire sans moi. Il me garde à l'oeil.

Il me garde enfermée dans la salle de bains des heures durant. Dimanche passé j’y ai été de 8h du matin à 12h. Il m’a relâché parce qu’il avait faim. J’ai préparé le dîner à sa demande. Je ne veux pas risquer d'avoir un bleu. Demain c'est lundi. je retoune au travail.

Il me demande si j’ai réfléchi, si j’ai compris ce que j’ai fait, si je promets de ne plus jamais refaire ça. Je dis oui, oui et oui. Je viens de lui promettre de ne plus être en désaccord avec lui, de ne plus être moi-même, de ne jamais douter de son pouvoir.

Il me demande ce que je veut dire, me dit qu'il ne comprends pas. Il me quémende l'attention que je n'ai plus. Mon hypervigilence l'a mobilisée pour que je puisse marcher sur les oeufs et éviter les coups. Il me pousse contre la table. Je tombe et me cogne la tête. Il me demande pourqui je suis surprise. Il me demande pourquoi je le provoque.

Il me prend pas pitié, par dégoût aussi. Il interpelle en moi la compassion. il la fait jaillir de mes trippes, à force de plaintes et de complaintes. Il pleure son malheur d’ancien enfant maltraité, d’ancien mari bafoué, d'homme perdu à force de m'aimer.

Il me prend par la main et me guide vers le lit conjugale. J’ai encore mal à la mâchoire parce qu’il vient de me gifler très fort. Il appose sa grande main sur ma bouche pour m’empêcher de dire que je ne veux pas. Il me saisit par la taille et me force à m’asseoir, à m’allonger. Il me déshabille brutalement et sommairement. Il me prend de force, comme une bête, une moins que rien, une esclave. Je ne veux pas. Je ferme les yeux et le laisse faire. Je ferme la bouche et ravale ma dignité. J’arrête d'écouter le son de ma pensée. Je ne veux pas être une bête, une moins que rien, une esclave. Il ne se passe rien. C'est juste un cauchemare.

 

Posté par Rymette 2020 à 00:05 - Commentaires [0] - Permalien [#]


02 avril 2021

Violence

Le premier jour de la maternelle, Caroline était tellement excitée qu’elle n’arrêtait pas de bouger et de parler. Au bout d’un moment, sa maîtresse, Mme Nathalie, était tellement excédée par son exubérance qu’elle lui a demandé de venir auprès d’elle.

 

Caroline, intriguée, s’est approchée sans se méfier. Et son enseignante lui a alors mis un morceau de scotch sur la bouche, pour l’empêcher de parler. Puis, elle a pris Caroline par la main et l’a amenée sur une petite chaise d’écolier, devant la grande baie vitrée. Comme ça, tous les grands pouvaient la voir avec son scotch sur la bouche. Et parmi les grands, il y avait la grande soeur de Caroline, qui l’a pointée du doigt, hilare.

 

Caroline n’a pas pleuré, mais elle a léché tout doucement le scotch, et il a fini par se décoller tout seul. De son premier jour de maternelle, elle gardera toujours un goût un peu amer et collant, et une profonde aversion pour le scotch.

 

Des années plus tard, en CP, Caroline avait beaucoup de mal à rester assise sur sa chaise pendant des heures. Cet après-midi là, tout était prétexte pour se lever : aller mettre un mouchoir à la poubelle, aller vider son taille-crayons. L’enseignante, Mme Berton lui demanda alors “Caroline, tu as un élastique pour jouer dans la cour, n’est-ce pas?” Caroline, toute fière, répondit que oui. Mme Berton lui demanda alors d’aller le chercher et de s’attacher à sa chaise avec, pour arrêter de bouger. Caroline hésita, croyant à une blague. Elle s’attacha en riant, attendant le moment où Mme Berton lui dirait d’arrêter et que c’était pour la taquiner. Mais elle ne dit rien. 

 

Caroline ne joua plus jamais à l’élastique, mais continua à bouger. 

 

Des années plus tard, elle envisagea de devenir enseignante. Mais en se rappelant Mme Nathalie, Mme Berton, elle eut trop peur de finir comme tous ces enseignants abusants de leur autorité et renonça

 

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15 mars 2021

On a été bien servis

“Bonjour mesdames et messieurs et bienvenue au restaurant NCNC :  nouveau concept nouvelle cuisine ! Prenez place, je vous en prie !”

 

Renée et moi on s’est donc dirigées vers les ballons gonflables géants. Renée s’est pétée la margoulette car elle n’arrivait pas à s’asseoir et moi je me suis pétée de rire. Sortir avec Renée, c’est toujours plein de surprises. On ne s’ennuie jamais avec elle. 

 

Nous qui voulions nous changer les idées, on était servies ! 

 

Là, le serveur est arrivé sur un Hooverboard avec un plateau sur lequel il y avait deux cocktails qui fumaient. 

 

“Gin fizz à la glace carbonique pour ces dames!” qu’il nous a dit. Renée a pris son verre. Elle s’est étouffée et a tout recraché par le nez. Avec la fumée, on aurait dit un dragon. 

 

Le serveur nous a donné des menus. On ne comprenait rien du tout à ce qui était écrit. Faut dire que ça faisait cinq ans qu’on n’étaient pas allées au restaurant, alors on avait un peu perdu l’habitude. 

 

Renée m’a demandé : tu sais ce que c’est, un “Sashiton de truithon”? Et un “hamwich de vegecrouté?”

 

Nous qui voulions être dépaysées, on était servies ! 

 

Après quelques minutes, le serveur est revenu prendre notre commande. On lui a pointé des trucs au hasard. 

 

Il n’a pas mis longtemps à revenir. Les assiettes étaient gigantesques, et les portions, minuscules. Renée a planté sa fourchette dans ce qui semblait un morceau de poulet, et là, le morceau a fait un genre de “pschiiiit” et il est devenu tout ratatiné.

 

On a éclaté de rire. Encore. 

 

Nous qui voulions partager un bon moment, on était servies.

 

Et c’est là que Renée m’a regardé droit dans les yeux, a pris une grande inspiration et s’est lancée :

Bon, Jacqueline, la vie m’a montré dernièrement qu’on n’en a qu’une, et j’ai peur de le regretter si je ne te le dis pas. Je suis amoureuse de toi depuis des années.

 

Ha ben, moi qui adorait les surprises, j’étais servie ! 

Posté par Kitchlolo à 21:45 - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 mars 2021

Je ne suis pas venue pour venir

Je ne suis pas venue pour venir, dit Hajar à Fernando, avec des yeux hagards.
H : Je ne suis pas venue pour venir.
F : Pourquoi es-tu venue alors?
H : Je suis venue tout te dire et partir.
F : Alors n’aurais-tu pas pu le dire sans venir? Un appel-vidéo Whatsapp aurait suffi,
non?
H : J’ai préféré venir et ne pas rester, au lieu de te texter.
F : Maintenant que tu es venue comment vais-je faire pour te retenir?
H : Non! Tout sauf ça! Ne me retiens pas, por favor o Fernando!
F : D’accord Hajar. Je te promets que tu partiras, si tu ne restes pas. Alors à présent,
diga!
H : Wallah, je n’ai pas cessé de penser à toi Fernando. Ça fait deux semaines que je ne
trouve pas le sommeil. Wallah Fernando, quand je t’aurai dit tout ce que je vis, c’est toi-
même qui me dira de partir.
F : O-K… je vois. Hajar, je ne pensais pas que tu me parlerais sentiments aujourd’hui.
Mon âme sensible n’est pas préparée à ça.
La larme à l’œil, Fernando se lève de sa chaise, tourne le dos à Hajar. Fais une
sorte de « déhanchement » au niveau du thorax, ramasse de la sorte sa virilité, et se
retourne vers son amie avec un visage raffermi et sobre.
H : Qu’as-tu bel ami? Es-tu prêt là pour que je poursuive? pour entendre l’indicible et
me libérer par défaut?
F : Je suis prêt. Dit-il d’un air solennel.
Une larme roule sur sa joue malgré lui.
H : Je t’aime Fernando, comme j’aime mon frère, mon meilleur ami, ma meilleure
confidente, ma mère, mon père, mon chien, ma chatte. Quad je dis je t’aime à tout ce
beau monde-là, personne ne fuit. Je sais pourtant aujourd’hui que tu prendras tes
jambes à ton coup, non plus les miennes… Oh Fernando, je ne sais comment faire le
deuil de nos ébats… mais j’ai à cœur de te dire les mots doux, les mots qui font si peur
de nos jours, le tabou de notre génération. L’ammm…

Hajar est prise d’une sorte de crampe aux lèvres et ne parvient pas à prononcer 

le reste du mot. Son cou s’est raidi. On dirait qu’elle a du mal à respirer. Fernando la
saisi par les épaules et la secoue. Il la serre contre lui tendrement dans un mouvement
lent et suave.
H : …Mmmoooooour, dit-elle en une expiration libératrice, une quasi-expiation, comme
si elle était absoute d’avoir verbalisé la force démoniaque.
F : Mon ange. De toi je pourrais tout entendre. Tous sauf les mots bannis. Pourquoi
tiens-tu donc à les conjuguer?
H : Parce que sans cela pourrais-je prétendre un jour à la vie conjugale? Ce n’est tout de
même pas parce qu’on y fait de la conjugaison que cette vie s’appelle ainsi. Comment
prétendre à une relation si entière, si solidaire, si réelle, si le sentiment d’attachement
tendre qui va avec est d’emblée occulté de notre vocabulaire? Fernando je crois que
notre génération est malade. Tiens, lis ce livre, il explique tout.
F : Ok, Ok, Ok. Dit Fernando. Je le lirai. Dit-il paniqué. Maintenant, va-t’en. Je suis ouvert
à en reparler une autre fois.
H : Quand?
F : Un jour.
H : Hmmm… Tu veux dire que tu es ouvert à comprendre mon point de vue? Ouvert à
intégrer les mots bannis dans notre dictionnaire interne?
F : Tout ce que je sais, c’est que je suis ouvert quand il s’agit de toi.
H : Ah? Peut-être pourrions-nous vaquer une ultime fois à nos mots-gestes pas sages
pas du tout tabous avant que je ne prenne congé de toi? Dit-elle d’un air coquin.
F : Hajar! rappelle-toi, je t’en prie : tu n’es pas venue pour venir, encore moins pour
rester.
H : À la revoyure mon am… ami.

 

Posté par Rymette 2020 à 06:25 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Anniversaire

Ma fête, je ne sais pas pourquoi c'est une blague à chaque année. C'est la vie qui me taquine, je pense bien.

Quand j'ai eu un an, ma mère m'a confiée à la voisine pour aller chercher mon gâteau de fête à la patisserie du quartier. Le gâteau avait brûlé, avec tout l'édifice mangé par les flammes d'un four déféctueux. Mon père, lui, avait été coincé dans la ville de Québec, au canada! son vol avait été annulé à cause d'une tempête de neige. Il paraît que dans la province du Québec, même les écoles sont régulièrement fermées à cause de grosses tempêtes de neige!

Pour mes vingt ans, j'ai prié dieu que la ligne éditoriale de mon sort se renverse, qu'elle s'inscrive de gauche à droite plustôt que de droite à gauche, suggérant ainsi à mon destin d'adopter un comportement contraire. Mais dieu ne m'a pas entendue. Trois mois avant la date de ma naissance, mon premier amoureux m'a quittée, après six mois où il me promettait la lune et le mariage. Il avait abusé de ma confiance, psychiquement et physiquement, à l'âge où j'étais vulnérable et où l'esprit Me-too n'existait pas. J'ai passé la fête de mes vingts ans sagement à la maison. Mes parents m'interdisaient les sorties superflues pour me punir de ma naïveté. J'ai eu la visite de deux amies proches et j'ai eu droit à l'infantilisant gâteau de fête parsemé de chandelles.

Pour mes trente ans, je me suis résolue à ne plus organiser ma fête, j'avais compris que mon espoir de réussir ce jour venait systématiquement avec son lot de déceptions et de mauvaises surprises. Un beau jeune homme s'est invité chez moi et a passé la journée avec moi à cuisiner. Nous avons préparé un couscous aux légumes et à l'agneau. Nous avons rit autour de taquineries. Nous étions tour à tour maladroits ou mal à l'aise, parce que nous ne nous connaissions que peu. Il avait un charme certain, une virilité mêlée de l'innocence de la post-adolescence. Il a pris la recette du couscous, il a mangé sa part de couscous, il a bu le vin que j'ai ouvert pou nous, il a pris mes faveurs aussi et le lift que je lui ai donné jusqu'au métro. Il n'avait rien demandé, et moi non plus. Il n'est plus jamais revenu. Je ne l'ai plus jamais revu. Était-ce finalement un bel anniversaire? Oui. Non. Je ne sais plus.

J'abandonne. J'ai trouvé La solution. J'arrête de prendre de l'âge.

 

Posté par Rymette 2020 à 06:04 - Commentaires [0] - Permalien [#]

16 février 2021

À l’intérieur de moi

Je somnole. Somnolence post-sieste du lundi après-midi. Je ne travaille pas les lundis. Horaire de travailleuse autonome gâtée pourrie. Luxe de ne pas avoir à bûcher parce que tu l’as déjà fait des années durant. Cela ne m’arrive pas souvent d’être en manque de mots quand j’écris avec Laurène. Là, je regarde à l’intérieur de moi, et je ne trouve pas la suspension de projet habituelle. Cette suspension qui fait que je ne projette rien, que je n’attends rien, et que c’est mon esprit, totalement libéré qui me prête ses mots. Appréhension, dis-je là en baillant. Cet hiver pandémique aura connu mes plus délicieuses siestes. J’aurais tant aimé concevoir un enfant et le nourrir à l’intérieur de moi. Depuis un an, c’est la période idéale pour ça. Je touche du pied la balle masseuse de plante. Elle roule. Je vais la chercher et la piétine. Ça fait du bien un petit massage plantaire en manque d’inspiration. Une bonne inspiration aussi, tant qu’à faire, ça fait un bien fou. Je prête souvent attention à ne pas adopter une respiration d’adulte stressée. Après la plante droite, je passe à la gauche. Non, je n’y passe pas finalement, car mon pied droit à trop de plaisir. Mon œil tombe sur la bouteille de Rhum épicé en face de moi sur la bibliothèque de coin. Je chasse de mon esprit l’éventualité de prendre un verre de cet elixir en ce début de semaine. Mon pied gauche, jaloux, réclame son tour et je le lui cède. Je ne sais le but de mon écrit aujourd’hui. Non pas que je le sache particulièrement les autres fois. Disons qu’à l’issue de quinze minutes sur les vingts allouées, je ne le vois toujours pas. Peut-être qu’à l’intérieur de moi, quelque chose me souffle tout bas, qu’à toute chose il ne faille à tout prix un but. Voilà qui m’enlève un stress dis-donc, et qui libère davantage mon soupir. Aaahhhhhhhhh.

Posté par Rymette 2020 à 03:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]